L' oiseau de nuit
Il s'est posé,
Là, sur le blanc rocher,
Entre flots bleutés
Et sable doré,
A bout de souffle, éreinté
De sa si longue traversée…
Ses ailes, au soleil calcinées,
Sous lui, il a replié…
Il reste perché
Là sur le blanc rocher
Sur ses pattes dressées,
Plumes ébouriffées,
Par ce vent d'été
Qui ne fait que passer,
Méfiant, comme effarouché
Prêt à prendre son envolée
Si l'exige sa sécurité…
Je suis là sur le blanc rocher,
Albatros solitaire et effacé,
Fuyant celles qui de mon passé
Ont fait terre brûlée…
Aigle, il y a longtemps j'ai été,
Phœnix, jamais plus je ne serais…
Et quand déclinera le soleil,
Quand viendra le crépuscule,
Irisant inéluctablement mon ciel
D'un rouge couleur de sang,
Quand, comme le dit la chanson,
« Les yeux rivés sur l'horizon
D'où sortent les rêves »,
De guerre lasse, la raison
L'emportera sur la passion,
Quand j'aurai assassiné les « M » majuscule,
Et autres « Vous » et « tu » de circonstance,
Je quitterais inexorablement cette grève,
Emportant pour seule et unique richesse,
L'argent de mes cheveux et une infinie tendresse…
Et dans un bruissement d'Elle,
Je prendrais possession de la nuit,
Je serais l'éclat d'un regard
Qui pareil à l'étoile luit,
Je serais le velours d'une voix
Qui met les sens en émoi,
Je serais ce silence
Presqu'indécent
Qui donnera à la rebelle
L'envie d'être sans fard.
Je maquillerais mon cœur,
Je maquillerais mon corps,
Pour qu'au fil des heures
Son désir devienne plus fort,
Essayant encore de paraître
Celui que j'ai su un jour être…
J'ai quitté le blanc rocher
Les plumes mouillées de pluie…
L'albatros s'est fait oiseau de nuit…
(20/02/2008)


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