Ma mer, ma ville...

Toi ma mer depuis le premier jour je t'ai aimée,

Oh bien sûr, je ne te l'ai jamais dit, jamais montré...

Quand j'étais enfant tu n'étais que de l'eau agitée

Qui donnait à ma peau un arrière goût salé...

 

Toi ma mer, au grand jamais je n'avais imaginé

Que lorsque je penserais à toi, c'est ma ville que je verrais...

Jamais un instant, je n'aurais pu penser

Que lorsque je parlerais d'elle, c'est à toi que je songerais...

 

Vous mes amours, infiniment vous me manquez...

Quand l'adolescent que j'étais prenait le bourdon

C'est dans vos coins retirés qu'il apprenait le pardon,

C'est auprès de vous, en vous, que j'ai appris à aimer...

 

Vous avez été les témoins de mes premiers émois,

Des premières rougeurs aux joues, lorsque le soleil votre allié,

Sous des jupes aux transparences troublantes et coquines,

Des jeunes filles laissait deviner les cuisses délicieusement dorées...

 

Vous avez été les spectatrices de mes premières émotions,

Quand je l'ai vue sur cette plage pour la première fois,

Quasiment dévêtue dans son maillot couleur horizon,

L'œil rivé sur la blancheur de son sein par le tissu à demi caché…

 

Vous étiez aussi présentes lors de mes premiers bouleversements,

Quand sur ce sable chaud et éblouissant d'une caniculaire journée d'été,

Elle se laissait embrasser sans répit que ça en était presque indécent,

Oubliant tout ce qui l'entourait, sans même se souvenir que j'étais à coté…

 

Vous étiez toujours là quand les premières transes du désir m'ont envahi…

Vous m'avez rendu hypersensible à un mot, un regard, un souffle, une odeur…

Vous m'avez vu me tétaniser au contact d'un corps, frissonner à sa chaleur…

Vous m'avez senti m'affoler quand tremblante ma main sur son sein s'est posée,

Vous m'avez vu trembler quand elle a guidé mes doigts pour dégrafer son chemisier,

Vous avez deviné avec certitude l'instant où dans ses bras je me suis enflammé,

Vous avez su que je partais avec extase pour un paradis fleurant bon l'interdit

Quand pour un baiser passionné, sur les miennes, ses lèvres se sont posées…

 

Vous aviez mis en moi la fierté et la passion du pays où je suis né,

Dans mes veines, du Midi, vous faisiez couler le sang chaud,

Tantôt réservé et courtois, parfois provocateur et macho,

De la femme, vous m'aviez inculqué l'envie et le respect…

 

Vous m'aviez appris jour après jour à les aimer comme elles peuvent le désirer,

Vous m'aviez enseigné qu'il n'est nulle perversion si le plaisir est partagé

Vous m'aviez éclairé sur leur mystère, vous m'aviez initié à leur fragilité,

Vous m'aviez dans le plus grand secret affranchi sur leurs faiblesses…

Vous m'aviez aussi expliqué que parfois je gouterais à la détresse

Quand sans aucun état d'âme elles oublieraient leurs promesses,

Vous m'aviez fait comprendre aussi que jamais je n'aurais d'idée vengeresse

Parce que vous aviez mis au fond de mon cœur cette espèce de noblesse

Qui me ferait garder de leur traversée de ma vie les moments de liesse

Bien plus longtemps que ce que je pourrais me souvenir des instants de tristesse…

 

Mais un triste matin de Décembre, presqu'à l'aube d'une nouvelle année,

Cruellement la vie livra sa sentence et changea le cours de ma destinée…

Pour des territoires inconnus au nord, à jamais je dû vous quitter…

Je crois bien que ce jour là, vous aussi, vous vous êtes mises à pleurer…

Toi ma ville, ton ciel d'ordinaire si bleu est devenu couleur d'orage,

Toi ma mer, ton ressac hurlant et mugissant comme blessé à mort

Tout au long de ce triste jour a fouetté sans répit tes si beaux rivages…

Supplications inutiles, aucun dieu ne fut avec nous pour conjurer le sort…

 

Pendant un quart de siècle, loin de vous, presqu'à vous oublier j'ai erré et grandi

Je suis entré dans le moule du paraître, j'ai même dit on réussi à faire ma vie…

Une vie telle un spectacle, où tout n'est qu'illusion, strass, paillettes et artifices,

Une vie, drôle de vie, dans laquelle ne pas exister est le pire des supplices,

Une vie dans laquelle tu rencontreras plus facilement la trahison

Que le droit de pouvoir, sans critique, exprimer tes émotions…

Une vie à cause de laquelle tu seras obligé de te protéger,

Une vie où tu n'auras pour seul échappatoire que ton jardin secret…

 

Toi ma mer, toi ma ville, infiniment vous me manquez…

Pour vous seules je suis encore capable d'amour,

L'autre jour n'y tenant plus, je suis venu vous visiter,

Tout comme pour moi, le temps a terni vos plus beaux atours,

De notre histoire d'amour, les paysages n'existaient plus,

Mais des nos émotions, rien n'avait vraiment disparu…

Ce jour là, un matin de Décembre, presqu'à l'aube d'une nouvelle année,

Toi ma ville, ronronnant sous ton ciel couleur d'azur, je t'ai retrouvée,

Toi ma mer, je t'ai revue lézardant au soleil comme en plein été,

Envoûté par votre magnifique spectacle, je me suis alors senti revivre,

Comme si rien n'était jamais arrivé, mes lèvres ont retrouvé leur sourire,

Ce jour là s'il m'avait été donné, qu'en votre sein à jamais je puisse rester

Alors je crois bien qu'au fond de moi j'aurais eu à nouveau l'envie d'aimer…

 

(18-26/12/06)

 

 



Article ajouté le 2006-12-26 , consulté 44 fois

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