A toi passant...
A toi, qui passe dans la rue sans vraiment me voir,
A toi, qui croit assurément que sous ce pardessus tout gris
Il n'y a qu'un homme sans âme aux tempes blanchies,
A toi, qui croit que je suis triste comme le crépuscule d'une vie,
A toi, qui es sûr, comme toujours, que sous cette pluie
Mes pas me guident vers la quotidienne routine du soir,
A toi, qui t'arrête aux apparences et à leurs perfides miroirs,
A toi, passant inconnu, je te dis que tu as perdu l'espoir...
Tu m'as pris pour un fou parce que l'on me dit poète,
Tu me crois simplet parce que rêveur dans ma tête...
Mais tu ne connais pas la puissance et la magie des mots,
Cette subtile alchimie qui rend tout ce qui est laid beau,
Cette petite flamme qui brûle en toi et distille sa lueur,
Ce petit bruit sourd qui s'accélère parce que s'enflamme le coeur...
Alors toi, passant aveugle, je te laisse sans regret à tes certitudes,
Ces convictions qui, s'en t'en apercevoir, t'entravent d'habitudes,
Ces assurances qui te cachent combien est grande ta solitude,
Je préfère, et de très loin, à ton sort ma douce béatitude...
Quand demain comme toi je m'éveillerais,
Mon ciel sera d'azur comme ses yeux,
Le tien sera bas et couleur d'orage,
Ma plage aura l'éclat de ses cheveux satinés,
La tienne, sous les assauts d'un océan furieux,
Ne saura même plus qu'un jour elle a été rivage…
(12/11/06)


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