Une gare, un train
Tu es là, sur ce quai désert à attendre
Ce foutu train qui n'en finit plus d'arriver,
Tu es là, sûre et certaine qu'il va descendre,
Que son premier geste pour toi sera un baiser.
Tu es là, fière et droite dans ton petit manteau noir
Point sombre dans la blancheur opaque du brouillard,
Jamais vers moi tu ne tourneras ton regard
De peur d'empêcher la venue du soir...
Je suis là, assis sur cet inconfortable banc de bois
Que des dizaines de générations ont usé,
Je vois en toi comme une biche aux abois
Qui appréhende ce que lui réserve sa destinée...
Je sais déjà que tout à l'heure dans un bruit de fer torturé,
Quand le convoi tout près de toi s'immobilisera
Quand toutes ses portes resteront désespérement fermées
Ton coeur s'arrêtera presque de battre et ton visage blanchira...
Je sais déjà que d'un regard haineux, en cet instant là,
Du plus profond de ton être, sincèrement, tu me maudiras
En oiseau de mauvais augure tu me transformeras,
Responsable des affres de ton malheur, tu me rendras...
De ce simple voyageur en pardessus
Tu feras un diable à la tête cornue
Du feu vengeur de ton regard
Tu me transperceras tel le poignard...
Tu me reprocheras d'avoir deviné ta détresse,
Tu m'en voudras d'être témoin de ta tristesse,
Tu me condamneras pour ton instant de faiblesse…
Quand nous nous croiserons sur ce quai des amours perdues,
Viendra alors l'instant où, dans un éclair, tu m'auras reconnu,
Tu te souviendras qu'un petit matin d'un train aussi je suis descendu,
Qu'à l'encontre de lui, sur ce quai blafard tu ne m'as pas attendu…
Et tandis qu'au loin s'évanouiront les feux de ce train
Qui à plein vitesse roulera vers mon destin,
Tu te rappelleras alors que cet homme en pardessus
Ce matin là, c'est pour toi qu'il était revenu…
(13/11/06)

Article ajouté le 2006-11-13 , consulté 28 foisCommentaires
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